Ludovic Gaurier décrit l'étang du Lanoux ou estany de Lanos comme le plus grand lac naturel des Pyrénées, il le situe à 2175m, l'estime à 84 ha et 20 millions de mètres cubes de volume naturel, lac situé dans un cirque en nature de schistes ardoisiers, dominé seulement au nord-est par le massif granitique du Lanouzet, de forme allongée (longueur 2500m) offrant la particularité d'être constitué par deux cuvettes de capacité à peu près identiques séparées par un seuil sous lacustre à 24m au-dessous du plan d'eau (profondeur maximum 54m) (ces derniers renseignements sont peut-être issus de l'étude de Emile Belloc qui a bien sondé le lac avec une barque et son appareil à sonder - voir ci dessous).

Gaurier mentionne qu'il peut facilement être aménagé en réservoir de grosse capacité (qu'il estime à 58 millions de mètres cubes) par la construction d'un barrage sur son émissaire. Cet aménagement prévu bien avant la première guerre mondiale a été commencé en 1914 mais interrompu au moment de la guerre, et ensuite abandonné car entrepris en vue de l'utilisation des eaux du Lanoux vers la vallée du Carol qui conflue avec le Rio Sègre vers l'Espagne.
Gaurier signale que les aménagements furent ensuite envisagés vers l'Ariège ou vers la Têt, ou encore une double dérivation vers l'une et l'autre de ces deux vallées. Il signale aussi que le lac a été prospecté par le service constructeur du chemin de fer transpyrénéen d'Ax les Thermes à la frontière d'Espagne, qu'il est facile d'accès par un sentier muletier partant de la route nationale 20 un peu au-dessous du village de Porté qui suit la vallée du ruisseau de Font Vive.

Le barrage actuel ne sera construit qu'entre 1957 et 1960 et il fera passer le lac de 84 ha à 172 ha et de 20 à 70,7 millions de m3 environ (hauteur 45m - longueur de crête 176m - largeur de la crête 2m - largeur à la base 6m - volume du barrage 25 000m3 )

pêcheur lanoux Emile Belloc dont l'étude est antérieure à celle de Gaurier préfère parler du lac "Lanouz" (car tout le monde prononce lanouz en accentuant la lettre finale z et de plus ce nom est écrit lanuz dans les textes anciens), il le situe à 2150m d'altitude, lui donne 2500m de longueur pour une largeur de 600m et une surface d'environ 100 ha.
Belloc d'après ses sondages trouve 54,88m pour plus grande profondeur et 44,66m pour profondeur moyenne. Il signale un rapprochement de ses deux rives vers la partie médiane, des eaux bleues d'une grande transparence qu'il n'a pu mesurer à cause de l'extrême agitation de la surface liquide ...
Le lac est alimenté au Nord par le torrent des étangs du Lanouzet, à l'Est par les torrents issus des étangs situés très au-dessus de sa rive gauche et à l'Ouest par les eaux pluviales provenant de "la grande montagne dont la base forme la rive droite du lac".
Belloc signale que d'après sa sonde, le lac est divisé en deux cuvettes séparées par un seuil sous-lacustre au niveau d'un îlot rocheux couvert de fleurs aux couleurs éclatantes près de la rive gauche appelé "île de l'Encatada" .
A la partie méridionale du Lanoux se trouve le seuil schisteux qui retient ses eaux prisonnières, c'est au point de jonction de ce seuil, qui forme barrage, avec l'extrémité sud de la rive gauche que se trouvait l'ancien déversoir. Les eaux s'écoulaient lentement par une échancrure naturelle à travers un éboulis presque horizontal. A une faible distance du grand lac, l'émissaire s'étalait mollement dans une dépression peu profonde qui formait le petit lac Lanoux.

Belloc trouve la flore lacustre fort curieuse et intéressante à étudier, les Diatomées y sont abondantes, les Dismédiées de même que les Nitellées croisent en grand nombre dans ces eaux, il observe pour la première fois dans un lac d'altitude pyrénéen une forme d'éponge (Spongillas lacustris).

Belloc signale aussi que les eaux du grand lac nourrissent de belles truites qui sont abondantes et excellentes au goût, mais à partir du milieu du mois d'août, il ne s'en prend presque plus au filet d'après les gens du pays "Les Daphnies et un grand nombre d'autres d'animalcules microscopiques vivants assurent à la truite une nourriture substantielle dont elle est très friande. Ceci explique l'état prospère dans lequel on trouve ce poisson au commencement de l'été, bien qu'il demeure emprisonné par la glace dans les profondeurs du lac, durant 7 à 8 mois de l'année"
Les pêcheurs prétendaient qu'elles s'enfonçaient alors pour frayer ! Belloc préfère penser qu'elles gagnent les bas-fonds pour trouver des couches d'eau plus froides que celles avoisinant la surface et il se proposait d'en faire l'étude prochainement ....

Etang du Lanoux
Etang du Lanoux depuis le Puig Carlit 2921m (photo PG juillet 2005)

Ludovic GAURIER (1875-1931) était chargé de mission des ministères des Travaux Publics et de l'Agriculture. Ses missions ayant pour objet la connaissance:
  - de données météorologiques;
  - de l'enneigement et des variations des glaciers;
  - de l'alimentation, de la topographie et de la géologie des lacs;
  - des projets de barrages pour les transformer en réservoirs de "houille blanche", pour la force motrice, l'électrification de la Compagnie du Midi, l'irrigation, etc...