Ce lac eut, pendant très longtemps,
une sinistre réputation. On disait même que, quand un
malheureux s'y noyait, son âme restait prisonnière au
fond du lac. Une légende raconte qu'autrefois, à l'emplacement
du lac de Lourdes, s'élevait une cité dont les habitants
étaient si méchants et pervertis que Dieu décida
de la détruire et d'engloutir toute la population. pourtant,
il accepta de faire une exception pour une famille qui s'était
montrée de tous temps pieuse et charitable. Le soir qui précéda
la destruction de la ville, un envoyé de Dieu se présenta
à l'homme et lui dit : «Cette cité sera détruite
par le Seigneur. Prends avec toi ta femme et tes enfants et fuis loin
d'ici ! Mais n'oublie pas une chose : quoi que vous entendiez, vous
ne devrez vous retourner pour voir ce qu'il se passe.»
La famille quitta donc la ville. Et à peine en avaient-ils
franchi les limites qu'ils entendirent des bruits épouvantables
derrière eux. L'homme pressait les siens, les obligeait à
marcher plus vite et leur répétait qu'ils ne devaient,
sous aucun prétexte, se tourner en arrière. Or, sa femme,
portant dans ses bras son dernier-né, prise de curiosité
et voulant absolument savoir ce qu'il se passait, se retourna et fut
aussitôt changée en une statue de pierre.
Depuis lors, certains soirs de novembre, des chasseurs et des pêcheurs
attardés au bord du lac, affirmaient entendre le glas des cloches
englouties sonnant l'anniversaire du châtiment.
Il existe en bordure de la route de Poueyferré, à la
limite des communes de Lourdes et Bartrès, un grand bloc de
pierre (peut-être un ancien mégalithe) appelé
la «Peira Crabèra, incliné dans la diection du
lac dont la légende affirme qu'il s'agit de la femme qui avait
été pétrifiée quand elle fuyait la ville.
Cette légende n'est pas sans rappeler l'histoire de Sodome
et Gomhorre et de la femme de Loth qui, elle aussi, avait été
changée en pierre.
d'après Pyrenepeche