Pierre Chimits est né le 31 mars 1912 à Bayonne, aîné d'une fratrie de trois frères et d'une sœur, dans une famille basque et landaise qui lui transmit le sens du devoir, du travail et un profond attachement au Sud-Ouest. Enfant de Moliets-et-Maa dans les Landes, il fit de brillantes études à Bordeaux axées sur les sciences du vivant, entra en 1931 à l'Institut National Agronomique, puis en 1933 à l'École Nationale des Eaux et Forêts de Nancy dans la 108ème promotion, dont il sortit garde général en 1935.
Passionné par la vie aquatique et l'hydrobiologie, il fut affecté en 1936 au service de la pêche du bassin Adour-Garonne à Bayonne, où il participa à la création des premières échelles à saumon sur le gave d'Oloron et des piscicultures domaniales de Cauterets, Bagnères-de-Bigorre, Lees-Athas et Argelès-Gazost. Il n'avait pas encore 25 ans.
Mobilisé en 1940, fait prisonnier, il s'évada dans des conditions particulièrement difficiles. Il reçut pour cet acte de bravoure la Croix de Guerre et la Médaille des Évadés — deux distinctions qui disent beaucoup de l'homme. À son retour, il fut affecté à l'inspection des Eaux et Forêts d'Oloron, puis en novembre 1944 à la Direction Générale des Eaux et Forêts à Paris, où il assuma les fonctions de chef de service de la 1ère région piscicole. C'est aussi à cette période qu'il épousa Suzanne Feraud, également issue d'une famille landaise, dont il eut deux filles.
De retour en Béarn et Bigorre en 1949 comme chef du service de la Restauration des Terrains en Montagne (RTM), Pierre Chimits réalisa les travaux de correction torrentielle, les paravalanches de Barèges et de La Mongie et les anti-dérochoirs de Cauterets — avant d'entreprendre ce qui allait devenir l'œuvre de sa vie : le peuplement ou repeuplement des lacs de montagne des Pyrénées.
Interrompus pendant la guerre, les alevinages ne reprirent à son initiative qu'en 1950 avec la remise en état de la pisciculture de Cauterets. En 1936, il avait dénombré pour la partie occidentale 60 lacs peuplés de truites communes qu'il appelait "indigènes". À partir de 1952, il fit introduire pour la première fois dans les Pyrénées le Cristivomer namaycush d'origine canadienne — ce poisson des lacs profonds qui fait aujourd'hui la fierté des pêcheurs pyrénéens.
Les premiers lacs vierges peuplés par MM. Larrieu et Chimits de 1936 à 1939 furent ceux de la vallée de Campan (Gréziolles, Caderolles), de Barèges (Oncet, Bleu, Dets Coubous), de Cauterets (Ilhéou), d'Ossau et d'Aspe (Isabe, Artouste, Montagnon d'Iseye). Chimits signale que ces poissons se sont fort bien reproduits et maintenus — saumon de fontaine au lac d'Oncet, omble chevalier au lac d'Isabe.
Au total, 250 lacs environ des Pyrénées Occidentales furent peuplés sous son impulsion — un peuplement qui s'est entretenu naturellement et qui a été maintenu par alevinage constant, d'abord par les Eaux et Forêts, puis par le Parc National des Pyrénées à partir des années 1960, et aujourd'hui par les fédérations départementales de pêche. On le voit sur les photos de l'époque, bidon à dos et aérateur à main pour le transport d'alevins en montagne — une image emblématique de sa dévotion.
En 1954-1955, Pierre Chimits fut appelé à Rome par l'Organisation des Nations-Unies, qui lui confia en qualité d'expert en hydrobiologie une mission pour la lutte contre la faim dans le secteur de la production de poissons. Une reconnaissance internationale de son expertise unique.
Rappelé en 1957 dans les Pyrénées, Pierre Chimits pilota l'ouverture de routes sylvo-pastorales comme celle de la forêt d'Iraty et noua des relations confiantes avec les élus et responsables locaux — un réseau qui allait s'avérer décisif pour son grand projet.
Le 13 décembre 1963, le ministre de l'Agriculture Edgard Pisani chargea Pierre Chimits d'élaborer le projet du Parc National des Pyrénées. L'année suivante, il parvint à une première esquisse avec une zone centrale de 50 000 ha s'étendant sur 80 km de longueur et 2 à 12 km de largeur, limitée par la frontière espagnole et le Parc National d'Ordesa. Une zone périphérique de 180 000 ha comportant 61 communes y était rattachée.
Le projet suscita une forte opposition — notamment sur la problématique de l'ours et le transfert de pouvoirs des maires au directeur du parc — mais Pierre Chimits tint bon. Le 23 mars 1967, après plus de quatre années de négociations acharnées, le Parc National des Pyrénées fut enfin créé. Pierre Chimits en devint le premier directeur, poste qu'il occupa jusqu'en 1977.
Pierre Chimits est l'auteur de nombreux articles scientifiques dans le Bulletin Français de Pisciculture :
Le numéro 142 de la revue "Pyrénées" par un article de Roger Moris lui consacre un important article nécrologique de 9 pages.
On retrouve aussi certains de ces articles dans les n° 119-120 et 121-122 de la revue "Pyrénées" ainsi qu'un autre article sur sa vie, écrit par un ami dans le n° 191.
Amateur de pêche sportive, il fut co-auteur du Grand Livre de la mer et des poissons et publia en 1974 La pêche sportive en mer. Son œuvre est retracée dans les numéros 119-120, 121-122 et 142 de la revue Pyrénées — ce dernier lui consacrant un article nécrologique de 9 pages signé Roger Moris.
En 1977, Pierre Chimits quitta ses fonctions pour retrouver ses racines dans les Landes à Moliets, tout en continuant à participer à diverses associations dont celle des Amis du Parc National des Pyrénées. Il s'éteignit le 9 avril 1985.
Sans Pierre Chimits, les 250 lacs des Pyrénées Occidentales abriteraient infiniment moins de poissons — et le Parc National des Pyrénées n'existerait peut-être pas. Un héritage exceptionnel pour les générations de randonneurs et de pêcheurs qui en profitent aujourd'hui sans le savoir.
