La montagne, celle que nous aimons, n'est pas un produit de consommation. Quand elle le devient, elle devient un objet. Mais la montagne, celle à laquelle nous tenons et qui nous tient à coeur, est un milieu dont de multiples facettes peuvent être distinguées et non séparées. Ce sont les composantes d'un même univers dont la spécificité et même la personnalité, sont faites d'un ensemble de caractères physiques, de traditions et d'un imaginaire qui en font une réalité vivante et globale.
Pour le citadin en particulier, "aller en montagne" n’est pas seulement changer de lieu ; c'est passer d'un monde à un autre, c'est découvrir et fréquenter une réalité autre. Quand on dit qu'on "aime la montagne", c'est de cette réalité globale dont on parle, même si on en privilégie occasionnellement l'un des « éléments », neige, glace, pêch, vtt,etc. Ces pratiques sont, avant tout, confrontation à cet autre que la montagne est pour l’homme, un monde à connaître et où l’on prend plaisir à inventer son chemin.
Aujourd’hui, l’unité et l’altérité de la montagne sont gravement menacées car la tendance qui s'accentue chaque jour davantage, est de socialiser et d’urbaniser la montagne, mais aussi de la morceler, d’en spécialiser les pratiques et, pour tout dire, de la décomposer. Cette tendance incite moins à faire de la montagne qu'à pratiquer des activités sportives en montagne. En voulant s’approprier la nature, l’homme en réduit la différence. Pour mieux l’humaniser, il va jusqu’à la dénaturer. Il souhaite y trouver sa propre image, cherche la confrontation avec lui-même ou avec les autres, plutôt que la rencontre d’un vis à vis, tour à tour partenaire, complice ou adversaire. Cette pente est largement exploitée par le marché du tourisme, avec ses aspects économiques, médiatiques, politiques et même sportifs. C'est une tendance à laquelle nous participons tous ......
Cela dit, je ne crois pas que s’efface l'attrait de la montagne comme réalité globale. L’alpinisme est en baisse actuellement, mais il n'y a jamais eu autant de randonneurs pour qui la montagne est à découvrir, à admirer, à respecter dans son unité vivante, aimable et redoutable à la fois. C'est cette montagne qu'il importe de ne pas laisser dépérir dans nos paysages et notre environnement, dans nos pratiques et, plus encore, dans notre culture.
Dernière modification par bat65 *: 24 mai 2009 - 12:27_________________
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