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18 fév 2008 - 21:26 | Bessières ou la folle aventure d’un sac poubelle très ordina |
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Bessières ou la folle aventure d’un sac poubelle très ordinaire
Groupes locaux > Midi-Pyrénées > Déchets-ressources
Par Groupe local de Midi-Pyrénées
Accompagnons pour une fois notre sac poubelle rempli allègrement d’épluchures, de marc de café, d’emballages en plastique, de barquettes de polystyrène, de boîte de médicaments vides, de piles usagées, de jouets abîmés et cassés, de bouts de tuyaux en PVC, etc., etc., j’en oublie.
Il part dans le camion benne, puis au quai de transfert, dégringole dans la fosse de l’incinérateur avant d’être soulevé comme un fétu de paille par un énorme grappin, il se consume dans le four, se transforme en mâchefers et en rejets gazeux chargés de substances toxiques, qui se déposent sur l’herbe, le sol, se diluent dans les nappes phréatiques. Et les voilà un beau matin dans notre assiette, stockés sous formes de dioxine ou de métaux lourds dans les graisses animales, les oeufs ou le lait.
Le 23 mai dernier, a eu lieu une visite du Centre de Traitement et de Valorisation de Bessières, traduisez incinérateur + centre de tri. Organisé par le syndicat intercommunal Décoset, cette visite réunissait des représentants du Conseil Général de la Haute-Garonne, des élus et des représentants associatifs. Une opération de communication bien menée, film à l’appui et visite guidée des lieux, clôturé par un repas au restaurant.
Quelques mots pour résumer cette présentation :
Exploitant de l’usine : Econotre, filiale de Novergie, filiale de Suez/La Lyonnaise.
Econotre, c’est aussi 14 déchetteries sur la Haute-Garonne, 1 plate-forme de compostage à Léguevin, et 4 quais de transfert qui collectent et acheminent les ordures ménagères vers l’incinérateur.
L’incinérateur brûle chaque année :
• 175 000 Tonnes par an d’ordures ménagères dont 45 000 Tonnes de déchets industriels banaux
et produit chaque année :
• 49 000 Tonnes par an de mâchefers (résidus de combustion)
• 6650 Tonnes par an de REFIOM (résidus de neutralisation des fumées). Du filtrage de ces cendres volantes résultent des "gâteaux" (sic), résidus hautement toxiques, évacués sur la décharge de Graulhet (classe I)
• des rejets gazeux équivalent à 6 fois la masse de déchets solides brûlés.
Le Centre de Tri traite 60 Tonnes de déchets par an (papiers, métaux, plastiques)
Le Centre de Valorisation Energétique produit de l’électricité équivalent à la consommation d’une ville de 40 000 personnes + autoconsommation.
Au terme de la visite, je pourrais croire que la cheminée rejette de la vapeur d’eau, que les mâchefers une fois stabilisés font des soubassements routiers sans danger pour l’environnement (éviter quand même les zones inondables et exposées aux intempéries). Enfin que l’eau utilisée pour le filtrage des cendres volantes est rejeté dans le Tarn, après traitement, au grand bonheur des poissons. En réalité, l’incinération est la plus mauvaise solution pour le traitement de nos déchets, la plus dangereuse et la plus onéreuse.
C’est une solution dangereuse pour notre santé.
La combustion ne fait pas disparaître nos déchets, elle les transforme et les démultiplie.
" Les chimistes ont détecté jusqu’à 2000 composants nouveaux, inexistants dans les déchets d’origine et qui résultent de combinaisons chimiques subtiles dues à la combustion." (Source APPEL 2003).
Même en doses infimes, le rejet continu de substances toxiques (dioxines, furanes, métaux lourds tels que mercure et cadmium, dioxyde de soufre, oxydes d’azote) dans notre environnement constitue une réelle menace. En 1998, l’Organisation Mondiale de la Santé a fait savoir que la pollution par les dioxines, dont 69% sont engendrées par les incinérateurs atteint un niveau où elle risque d’avoir des effets nocifs sur la santé humaine.
La pollution de la vallée d’Albertville par l’incinérateur de Gilly-sur-Isère a contribué à mettre en évidence le lien entre les rejets gazeux de l’incinération et le développement de cancers dans la population environnante. Il faudrait parler aussi des risques de stérilité, de malformations des nouveau-nés, de dérèglements hormonaux et immunitaires, d’asthmes et d’allergies.
C’est une solution onéreuse pour la collectivité.
Coût de traitement d’une tonne de déchets :
=> par incinération : 83 Euros
=> par recyclage : 13 Euros
Coût de traitement d’une tonne de matières organiques :
=> par compostage collectif : 39 Euros
=> par compostage individuel : 0 Euros
"Aujourd’hui, 60% du budget d’une usine d’incinération part dans le traitement des fumées." comme le souligne Jean-François Narbonne, écotoxicologue, dans un article de Libération du 3 Juin 2005.
Un exemple du coût élevé de la dépollution : une mise en conformité des installations (Bessières y compris) va, avant la fin de l’année, mettre en place un nouveau filtre de traitement des NOX (oxyde d’azote), un système de rétention des eaux polluées en cas d’incendie et un contrôle accru des rejets gazeux : 0,1 nanogramme de dioxine maximum par mètre3 d’air. Et ensuite ?
C’est une solution exclusive, qui freine le développement de filières plus écologiques.
Une fois l’incinérateur construit et mis en service, les collectivités locales se doivent de fournir le tonnage de déchets prévu dans le contrat qu’ils ont signé avec la société exploitant l’incinérateur.
Et pourtant, il existe d’autres solutions ; l’Allemagne qui a su renoncer au "tout incinération" a créé un million deux cent mille emplois grâce au traitement écologique de ses déchets.
C’est une solution coûteuse en matières premières.
Les déchets sont composés pour un tiers de matières organiques qui seraient, sous forme de compost, un apport précieux pour le sol. En outre brûler des matières composées pour 98% d’eau est une aberration et suppose, pour alimenter la combustion, une grande quantité de bois et de papier. Adieu recyclage ! En ce qui concerne les divers plastiques et autres produits de synthèse dérivés du pétrole, leur combustion à des température élevées contribue pour une large part à la production d’un cocktail de substances chimiques hautement toxiques et constitue un gaspillage inconsidéré d’une ressource fossile limitée.
Deux études sont en cours sur tout le territoire français, menées par l’InVS (Institut national de Veille Sanitaire en collaboration avec l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments). Le site de Bessières a été choisi parmi d’autres pour déterminer, d’une part le niveau d’imprégnation par les dioxines des populations vivant à proximité d’un incinérateur, d’autre part pour évaluer les risques sanitaires (cancers) liés à l’incinération (étude épidémiologique). Résultats pour le deuxième semestre 2006. Et comme je l’ai entendu dire lors de cette fameuse visite du 23 mai : "Si les résultats sont négatifs, pas de problème mais si ils sont positifs, à qui le dire et comment ? "
Je vous incite vivement à visiter l’incinérateur de Bessières (05 34 26 03 00). Notre sac poubelle ne se dissout pas au bout du monde, il se transforme en substances très toxiques et nous revient dans les aliments que nous mangeons et dans l’air que nous respirons.
Anne Kimmel, août 2005.
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