Restauration des lacs de haute montagne : quand la science réhabilite les écosystèmes pyrénéens
Dans le cadre des opérations d'éradication des poissons introduits dans des zones protégées (comme le parc national d'Aigüestortes ou le parc naturel de l'Alt Pirineu) pour redonner aux lacs leur état d'origine, des méthodes exclusivement mécaniques (filets, nasses, pêche électrique) ont longtemps été privilégiées (notamment durant le projet LIFE LimnoPirineus) afin d'éviter tout risque chimique sur la faune non-cible.
Cependant, la roténone (un piscicide d'origine végétale) a fini par être intégrée comme outil complémentaire au sein du projet européen LIFE RESQUE ALPYR (2022–2026), sous la supervision scientifique du CEAB-CSIC (l'équipe de Marc Ventura et Teresa Buchaca) et de l'IDAEA-CSIC :
1. Pourquoi recourir à la roténone ?
Certaines espèces très petites et extrêmement prolifiques comme le vairon (Phoxinus phoxinus) sont quasi impossibles à éradiquer à 100 % uniquement avec des filets ou la pêche électrique dans des lacs profonds ou complexes. Or, quelques individus survivants suffisent à recomposer la population en très peu d'années.
2. L'opération pilote aux Tres Estanys
Après un premier essai réussi au lac de Manhèra en 2024, un traitement ciblé a été mené en septembre 2025 aux Tres Estanys (Estany del Mig et Estany de Baix, Parc naturel de l'Alt Pirineu) :
- Dégradation naturelle : La roténone se décompose sous l'effet de la lumière du soleil (photodégradation) et de la température, avec une demi-vie mesurée entre 10 et 20 jours dans ces lacs.
- Surveillance chimique stricte : L'IDAEA-CSIC a mis en place un suivi par chromatographie et spectrométrie de masse pour contrôler la dégradation de la molécule et s'assurer de l'absence totale de transfert en aval.
- Résultats spectaculaires : L'opération a permis l'éradication complète des vairons. Moins d'un an plus tard, l'eau a retrouvé une grande transparence et les amphibiens ainsi que les macroinvertébrés aquatiques sont réapparus en nombre.
D'après / Sources :
- Pou-Rovira, Q., Delgado, J., Cruset, E., Buchaca, T., Osorio, V., Buñay, D., Gilbert, N., Riera, C., van Drooge, B. L., Prats, R. M., Fernández, P., Grimalt, J. O., Tiberti, R., & Ventura, M. (2026).LIFE RESQUE ALPYR: Ecological Restoration of High Mountain Lakes in the Pyrenees by Fish Removal. MDPI Proceedings (XI Iberian Congress of Ichthyology). (Présente la méthodologie globale du projet, combinant méthodes mécaniques et traitements ciblés à la roténone).
- Buchaca, T., & Catalan, J. (2007).Factors influencing the variability of pigments in the surface sediments of mountain lakes.Freshwater Biology, 52(2), 201–218. (Travaux fondateurs de Teresa Buchaca sur l'utilisation des pigments d'algues fossiles comme marqueurs paléoécologiques).
* Note sur les chercheurs :Teresa Buchaca et Marc Ventura sont des chercheurs du CSIC (Consejo Superior de Investigaciones Científicas), rattachés au CEAB (Centre d'Estudis Avançats de Blanes). Spécialistes de la limnologie et de la paléoécologie des lacs d'altitude, Teresa Buchaca utilise notamment l'analyse des pigments fossiles (caroténoïdes et chlorophylles) dans les carottes de sédiments pour reconstituer l'histoire du phytoplancton et de la qualité de l'eau sur plusieurs siècles.
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"Combien y a-t-il de lacs dans les Pyrénées? Qui les a tous vus ?" H. RUSSELL