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JEAN-LOUIS ATHÉRET est allongé dans l'herbe, son bâton contre lui et les jumelles dans la main gauche. Sous un soleil timide, il surveille ses brebis qui s'en vont vers les à-pic de l'Ourlène. Annie leur court après, pour les faire revenir. Jean-Louis sourit à la montagne en évoquant ses souvenirs : « Quand le vieux n'est plus venu, j'ai gardé ses brebis. Il est mort à 104 ans, mais il était lucide jusqu'à la fin. La cabane était du côté de ma mère, les Pélut. Moi, ils m'ont envoyé ici tout jeune, faible. Si maintenant je suis gros, j'étais comme ça (il me montre son petit doigt), maigre. Le vieux qui était ici, il me faisait les fromages et en échange j'allais chercher l'eau. J'avais beaucoup de respect. Il s'appelait Jean-Pierre Saffores. Il me prenait par le cou, il me racontait Verdun.
"Après, j'étais devenu grand, j'avais 17 ou 18 ans, j'allais au bal, je pensais plutôt à autre chose !, et lui me parlait de la guerre de 14... On était ensemble dans la cabane. Mais, chacun son troupeau ! Il faisait ses fromages. J'allais chercher les vaches tous les soirs et les brebis quand il fallait, mais les brebis elles revenaient, ou elles ne revenaient pas. Vous voyez comme elles sont là : elles redescendaient avec Annie et maintenant elles vont tout à l'envers."
ANNIE NOUS A REJOINTS.Dans la cabane, nous mangeons la rituelle soupe aux vermicelles et du fromage de brebis. Pélut me parle alors des ours : « J'ai été voir les deux qui sont dans l'enclos de Borce, mais ils ne sont pas si jolis que ceux qui sont venus ici en juillet 1991. Oh, mais qu'est-ce qu'il était joli celui qui est venu la première nuit ! Ma fille l'a pris en photo. Il devait faire 120 kg peut-être. L'autre, le Familier, était plus petit. La première fois que je l'ai vu celui-là, il hochait la tête d'un côté et de l'autre. Je lui ai crié : "Je vais t'en sortir, de mes brebis !". Alors je lui ai couru après avec la lumière. Il a fait deux sauts et il a disparu. Il allait très vite. Pourtant, quand on l'avait vu, avec ma fille, il marchait tout doucement, tout doucement, au milieu des brebis. Ils sont très malins, ces ours ! Le premier était marron brûlé. Qu'est-ce qu'il était joli, et costaud ! On l'a vu de tête, on l'a vu sur le côté, on l'a vu sur le derrière... Le petit était moins joli. Il avait les jambes écartées, une bosse blanche sur le dos et il baissait la tête.
"Le premier est venu derrière la cabane, le 20 juillet 1991, entre deux et trois heures du matin. Je l'ai vu à un mètre d'ici. Il ne m'a pas fait peur : j'étais tellement content de le voir. Je l'ai regardé opérer. Il était monté sur la brebis et l'a mordue au cou. Elle a bêlé deux fois. Après, il l'a retournée, toujours couché dessus. Il tenait, avec ses pattes avant, les pattes arrières de la brebis. Il lui a dévoré le pis, puis a fait glisser la peau avec ses dents tout le long du corps pour manger la viande. On était à trois ou quatre mètres. On lui a jeté des petits cailloux. Il grognait en relevant la tête et en nous regardant. Il n'est pas venu vers nous. Nous, on a pas eu peur, parce qu'on connaissait les histoires des vieux : l'ours n'a jamais attaqué l'homme, jamais, jamais, jamais ! "
"Il a mangé la brebis et il est parti. Les chiens l'ont suivi pour lui aboyer dessus. Il s'enfuyait vers le col d'Aran. De voir tout ça, ça nous a beaucoup plu. S'ils l'ont tué, c'est dommage. Mais personne ne l'a revu depuis le 1er juillet de l'an dernier. Il a complètement disparu. Les gardes ont reçu une lettre anonyme. L'ours était dans un gouffre, entre le col de Lariou et le pic Massibé... » Jean-Louis Athéret devient pensif. Il parle doucement : « L'ours, ça vous donne une crainte. Et la crainte, c'est quelque chose de vivant. Quand vous voyez les copains, une nuit, qui crient : "Brrrrrou, l'ours, saloperie, bordel de Dieu, il m'a mangé une brebis ! C'était la meilleure ! - parce qu'on dit toujours que c'était la meilleure -, putain, il me l'a prise en traître, il va falloir que je fasse mon devis..." Tout ça manquerait un peu dans la vie, oui."
Textes d'Antoine Peillon
Mais attention ne confondons pas berger et éleveur ce sont souvent 2 personnes différentes avec des intérêts différents.