Pourquoi nos gouvernements successifs, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont-ils tellement à coeur de réintroduire des ours dans les Pyrénées ? Pourquoi ce besoin pressant de s’intéresser à la faune de nos montagnes ?
Parce que l’écologie fédère les Français bien mieux qu’aucun courant politique.
Sauver l’ours, c’est faire plaisir à l’électorat. C’est tout bénéfice.
Et pourquoi s’embêter à lutter contre Georges Bush qui refuse de ratifier les accords de Kyoto, alors qu’il suffit de tenir tête aux éleveurs pyrénéens pour passer pour un défenseur de la planète.
I l y a des choses que je ne comprends pas. Si l’on veut que les Pyrénées redeviennent un territoire à ours, alors pourquoi ne nous battons-nous pas aussi pour qu’elles redeviennent vraiment sauvages ?
Les Pyrénées sont morcelées par les routes. Des zones jusqu’alors préservées sont saccagées pour les rendre accessibles aux véhicules. Les vrais écologistes dénoncent cet état de fait depuis bien longtemps.
Soyons cohérents : si nous voulons de l’ours, décidons de lui donner un espace dans lequel il pourra vivre sereinement.
D’après les spécialistes, l’aire de vie de l’ours est de 100 km² pour une femelle et jusqu’à 600 km² pour un mâle. Pendant le rut, l’aire peut aller jusqu’à 1 000 km². Est-il normal qu’un même ours, dont on a suivi les déplacements par radio télémétrie entre octobre 1999 et mai 2002, ait été obligé de traverser 46 fois la Nationale 20, l’un des axes routiers les plus fréquentés des Pyrénées ?
Les Pyrénées sont petites et elles grouillent de vie. Beaucoup d’hommes : ceux de la montagne qui y vivent et y travaillent, et ceux de la ville qui s’y détendent. Beaucoup d’animaux : des bêtes sauvages bien sûr, mais surtout des troupeaux, des centaines de milliers de bêtes domestiques qui montent en
estive à la fin du printemps. Et partout, partout, de plus en plus, des infrastructures au service de l’humain : des routes, des stations de ski, des habitations…
Aucun des défenseurs de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées ne prend en compte le fait pourtant primordial que la montagne pyrénéenne n’est plus la montagne d’autrefois. La mécanisation et l’économie ont tout chamboulé. Partout on a domestiqué l’environnement. Seul le territoire inclus dans la zone du Parc National des Pyrénées a pu être, depuis sa création en 1967, protégé. Mais cette zone, si elle a permis de préserver le biotope d’autres animaux, est trop en altitude pour couvrir le réel habitat de l’ours…
Rares sont ceux qui ont le courage de dire aujourd’hui que le territoire pyrénéen moderne ne convient plus à l’ours.
Edicter des lois pour protéger les espèces ne sert à rien si, sur le terrain, l’homme continue à voler à l’ours son territoire. Si nous voulons sincèrement réintroduire des ours dans les Pyrénées dans le but de reconstituer une population ursine viable, repensons d’abord comment leur attribuer respectueusement un habitat digne d’eux, comment leur restituer tout ou partie de ces Pyrénées que notre société de consommation a envahies.
Je suis partisan de tel propos justes et cohérents à mes yeux