Une heure inoubliable !
Allez, ça me fait plaisir de vous raconter ce qui m'est arrivé hier.
J'ai une heure à tuer, je me lance !
Hier, profitant d’un "malentendu" professionnel et familial, je me suis autorisé ma première escapade halieutique de l’année : elle restera gravée dans ma mémoire.
Ca faisait un paquétas de temps que je voyais les reportages des types qui piquent des truites monstrueuses sur le
Gave et je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui s’amusent et que j’étais certainement pas plus naze qu’eux.
Après cette réflexion stupide et néanmoins constructive, je fausse compagnie à mes collègues de boulot, prétextant une réunion de la plus haute importance ! juste avant midi je file donc, un peu au hasard, ( mais enfin le hasard existe t il vraiment en matière de pêche ? ) dans une zone du
gave de Pau où je n’avais jamais osé pécher tellement ça me semble « impêchable ». Je prends mon téléphone pour proposer à Pat 65 de m’accompagner : mais, tout en composant son numéro, je me ravise finalement, en me disant que ça risque de ne pas être une partie de plaisir et que tout seul, je suis finalement pas si mal !
A 13h, je suis d’attaque. Le temps est couvert, la douceur relative et le vent dans le dos ne me gênera pas trop. Je décide de "forcir" un peu mon bas de ligne car le 10 ou le 12 que j’utilise en montagne me semble un peu léger vu le contexte et la taille de la mouche que je vais utiliser.
Je passe en 14 et attaque les premières bordures. L’eau est légèrement teintée et deux ou trois insectes virevoltent. Je me sens un peu pommé dans cette rivière : ça bouillonne, y a des vagues ... je commence à me dire que j’aurais mieux fait de ne pas changer mes bonnes vieilles habitudes. Mais bon, je me ressaisi et passe au coup suivant. En le regardant, juste avant de pêcher, je me souviens m’être dit « je sais pas pourquoi mais je le sens bien celui là, l'eau est jolie, elle me parle ... ». Bref, comme un présentiment. Premier passage de la mouche, juste contre le roncier ... elle arrive presque à mes pieds ... je relève la canne pour tirer la soie... et là problème, ça reste planté devant moi : j’ai accroché une branche ? non, ça bouge !!! oh putain , ça part. Plantée au beau milieu du
gave, en plein courant, la truite m’a vidé la moitié du moulinet. Si elle continue, j'arrive au noeud car j'ai pas de backing. Ma fameuse « diamondback » est pliée en deux. J’ai le sourire et savoure le plaisir de tenir un tel poisson mais je me dis que la lutte est déséquilibrée : je tente de la décoller un peu . Bingo, elle prend le courant et clac ... c'est fini.
Je m’assoie sur le bord : « putain ça y est, t’en avait une au bout ! putain ça déménage sa race. Putain, c'était vraiment bien.». Ca fait seulement un quart d’heure que je pêche. Je me dis : soit t’as eu une pine monstrueuse ... soit, c’est le bon jour et y a pas de raison qu’une autre vienne pas. Je remonte un bas de ligne et conserve mon 14 en me disant que je dois les brider pour les garder au bord et éviter qu'elles prennent le courant et que je finisse comme Brat Pit dans " Et au milieu coule une rivière" !
Je me replace et balance sans illusion la mouche exactement à l’endroit même où a piqué la première : en milieu de dérive PAFFF ! bis repetita ! j’entends encore claquer le bruit de la bouche qui se referme. Un gros remous m’indique que c’est du lourd. Cette fois, même pas le temps de réfléchir : la truite remonte droit devant, je la vois car elle est juste contre le bord. Sa nageoire dorsale sort de l’eau. Elle est magnifique. Pas le temps de savourer , CLAC, ça répète ! je suis dégoûté. Elle devait être autour des 50 cm. Des truites de cette taille qui prennent en sèche, je n’avais jamais vécu ça.
Là, deux solutions : soit je me jette à l’eau en implorant le ciel et en insultant Dieu et tous les saints , soit je me calme et je décide d’accepter mon échec en me disant que j’ai déjà du bol d’avoir fait monter deux poissons magnifiques en 5 minutes. La première solution me tente mais finalement, je remonte une nouvelle mouche et un peu énervé, je vais 50 m plus haut sur un nouveau courant. Tout en séchant mes larmes ( et oui je suis très sensible ! ) j’appelle PAT 65 , histoire de lui raconter mon histoire et d'écouter les conseils d'un expert : le pauvre bougre était chez son coiffeur et dès mon récit terminé, il me dit : « bouge pas gamin , j’arrive ... je vais te montrer comment on pique des grosses truites !!! ».
En attendant l’arrivée de « GPS'man » , Je me replace dans l’eau : je m’aperçois qu’entre temps, la surface du
gave s’ est littéralement remplie de gros « march brown ». Une véritable nuée. Je regarde la bordure devant moi : bingo, y a des gobages partout !!!!
Je me dis que ce serait vraiment le diable si j’arrivais pas à en tenir une ! merde ! c'est vrai quoi !!!
J’arrête là mon récit car je ne voudrais pas vous ennuyer en étant trop long mais surtout parce que la suite est vraiment de l’ordre de l’intime et de l’ineffable.
Les 30 minutes qui suivent, je me les garde précieusement dans un coin de ma tête ... rangées à côté des choses les plus simples et finalement peut être les plus importantes dans une vie.
Je suis encore très ému d’avoir eu l’honneur et le plaisir de tenir ces poissons dans mes mains. J’en ai sorti 4, des farios magnifiques avec des robes extraordinaires, que j’ai évaluées entre 50 et 60 cm. J’en ai gardé une de 55 pour donner à une mamie de Vic qui me file des confitures !
En une petite heure, quand tout a été fini, toute "ma vie de pécheur" s’est rembobinée et j’ai repensé à toutes les heures passées au bord de cette eau qui me hante tant.
J'ai pensé aussi à toutes ces raisons qui me font passer du temps au contact de la nature, canne à la main, skis aux pieds, dans l'eau , dans la neige. Aux questions sans réponses. Mais chut ...
( PS : Pat est arrivé vers 15h 30 : il m’a retrouvé grâce au GPS ! . Cela faisait plus d’une heure que les truites avaient terminé leur festin. Le
gave était lisse. Plus une mouche, plus un gobage. Ca me fait penser à cette célèbre maxime : « être au bon endroit au bon moment » ! )
Dernière modification par mezza: 13 mar 2008 - 16:43_________________
" si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m'augmentes "